Récemment j’ai découvert la technique du kintsugi. Je faisais des recherches sur internet, sur la céramique et le concept de réparation, suite à ma reflexion – escargot (voir article).  quand j’ai découvert un petit bol réparé avec cette technique. Il y a alors eu un phénomène étonnant : mon cœur s’est arrêté et le temps avec lui. J’étais seule au monde, avec ce petit bol.

Je suis alors entrée dans une sorte de frénésie. Je cherchais tout ce que je pouvais trouver sur le kintsugi. Et plus je découvrais cette technique, plus je m’y retrouvais. Le kintsugi résume tout mon travail sur moi, toute ma philosophie par rapport à ça, et basiquement, toute ma vie. Le kintsugi c’est moi.

Le kintsugi, qu’est-ce que c’est ? Littéralement, kin signifie or et tsugi serait le lien ou la jointure. C’est en effet une technique traditionnelle japonaise, qui permet de réparer des céramiques cassées ou fissurées avec de l’or. On l’appelle aussi kintsukuroi, « réparation en or ». On raconte que le shogun (Général) Ashikaga Yoshimasa ayant cassé son bol préféré, le fit réparer en Chine. À son retour, il avait de grosses agrafes métalliques, technique d’ailleurs encore utilisée aujourd’hui. Les artisans japonais ont donc cherché un moyen de rendre la réparation plus jolie. Ils enlevèrent les agrafes du bol et mirent au point la technique du kintsugi.

Le kintsugi, c’est une technique, certes, mais c’est surtout une philosophie. Dans notre société, si un objet est cassé, on a tendance à le balancer directement à la poubelle, or ici au contraire les accidents font partie de la vie de l’objet. Les cicatrices ne sont pas cachées, mais au contraire mises en évidence. Une fêlure est réparée, un morceau manquant remplacé par de l’or, l’objet accidenté, blessé, est sublimé. Un accident ne signifie plus la fin de la vie d’un objet, mais au contraire une toute nouvelle vie, avec encore plus de valeur…  Dans la culture japonaise, les dommages qu’ont pu subir les choses, leur histoire, les rendent plus beaux. Cela fait partie du wabi-sabi, un concept que je développerai dans un autre article. Et le kintsugi est en outre la seule technique de réparation permettant de réutiliser l’objet.

Pendant mes recherches frénétiques j’ai réalisé qu’un stage de kintsugi avait lieu quelques semaines plus tard à la Galerie Mizen, auquel j’ai eu la chance de pouvoir m’inscrire. Le stage était animé par Martine Rey, une artiste passionnante et une femme incroyable, d’une humanité et d’une générosité rares.

Elle dit à propos du kintsugi : « La beauté ne veut pas dire perfection. Une céramique ébréchée ne perd rien de son essence, au contrainte la beauté d’une pièce doit transcender l’incident physique. Se trouver devant une céramique cassée, fendue, c’est se placer devant un monument abandonné et vouloir le faire re-naître. La laque d’or permet de retrouver non sa beauté mais l’essence de sa beauté. »
Je vous invite à regarder le reportage de France 3 sur Martine :

J’aime vraiment tout de cette technique. J’ai toujours été passionnée par la culture japonaise ; elle permet de sublimer un pièce en céramique ; la pièce est recollée avec une laque végétale et non chimique (urushi) ; le travail est minutieux ; le joint est saupoudré de poudre d’or, d’étain, d’argent (gintsugi), ou de toute autre poudre ou laque qui rend l’objet précieux ; on se nourrit du passé de l’objet, de son énergie, pour le réparer.

Évidemment, ce n’est pas sans me rappeler que moi-même, ce sont les épreuves et la douleur que j’ai pu ressentir, qui m’ont rendue plus forte. Aujourd’hui, quand je regarde mes cicatrices, physiques et émotionnelles, je vois une femme belle, avec beaucoup plus de valeur que sans ces cicatrices. Une femme-kintsugi.