Hier il faisait très beau, et comme j’étais à Epreuves Multiples (un atelier collectif de sérigraphie), et qu’il y a du matériel pour faire des cyanotypes, j’en ai profité pour en faire quelques uns.

Alors un cyanotype c’est quoi ? C’est un des premiers procédés photographiques, qui permet d’avoir des tirages d’un très beau bleu cyan. De prime abord on se dit « ouh là, c’est avec des produits chimiques, ça doit être galère » mais en fait c’est facile à faire et très amusant, on peut même le faire avec des enfants !

Il existe des kits à cyanotypes prêts à l’emploi. J’en avais acheté un l’an dernier dans la librairie Artazart quai de Valmy à Paris, c’est l’occasion d’y aller, cette boutique est géniale ! Mais on en trouve dans d’autres boutiques ou sur internet. Il existe aussi du papier sensible prêt à l’emploi, ce qui revient beaucoup plus cher.

LE MATERIEL

– un kit de cyanotype ou 20g de citrate d’ammonium, 8g de ferricyanure de potassium (on trouve sur internet par exemple ce site) et 200 ml d’eau distillée (eau déminéralisée en supermarché, ou récupérez l’eau du sèche-linge ou des déshumidificateurs)
– un bloc de papier ou du tissus
– un rouleau (manche en plastique) ou une éponge, ou un pinceau
– une plaque de verre et un plaque en carton rigide ou en bois + des pinces à dessin + des poids  -> ou un sous-verre
– des petits éléments à disposer sur le support
– une bassine un peu plus grande que le support(plus pratique parce qu’on peut le faire dehors mais dans l’évier ça marche aussi, l’eau de rinçage n’est pas polluante) et de l’eau (pareil, pensez à récupérer l’eau du sèche linge ou des déshumidificateurs)
– du soleil

Bon, mais concrètement, une fois qu’on a les produits, qu’est-ce qu’on fait ?

Déjà on se protège. Le produit tâche énormément, donc avec des enfants faites super attention, mettez des tabliers et des protection pour vos meubles… ou s’ils sont petits faites les 2 premières étapes sans eux…

  • Première étape : on prépare la solution

Si vous achetez le kit il suffit d’ajouter de l’eau distillée dans les deux bouteilles fournies et secouer jusqu’à ce que le contenu soit dissous. Si vous faites la mixture vous-même, il faut mélanger 20g de citrate d’ammonium ferrique à 100 ml d’eau distillée, bien mélanger puis laisser décanter dans une bouteille opaque. Dans une autre bouteille opaque il faut mélanger 8g de ferricyanure de potassium à 100 ml d’eau distillée. Vous pouvez les conserver séparément dans un endroit sombre et frais pendant plusieurs mois.

Dans un petit pot, mélangez à dose égale les 2 solutions : cette solution se conserve mais beaucoup moins longtemps. Faites cette étape sans les enfants, quel que soit leur âge…

  • Deuxième étape : on l’applique sur le papier ou le tissus

Pour le papier, celui-ci est très bien, et pas cher ! Sinon on peut aussi le faire sur du tissus, ou des objets en tissus déjà cousus (sacs, coussins,…). Dans ce cas, pensez à mettre un sac plastique ou des journaux à l’intérieur pour que la solution ne soit pas aussi de l’autre côté. Pour le tissus, si vous voulez un cadre net, pensez à épingler le tissu fermement à une planche, et mettre du scotch papier ou du gaffer pour faire le cadre.

J’ai utilisé un pinceau pour recouvrir la zone mais attention, on voit tous les coups de pinceau. Du coup je pense que c’est mieux avec un petit rouleau avec le manche en plastique, ou même une éponge. Sinon peut-être essayez en croisant les couches, une fois de bas en haut et une fois de gauche à droite c’est peut-être mieux…

Mettez une bonne couche, égale sur toute la superficie.

Une fois que c’est prêt mettez vite le papier ou le tissus dans un endroit obscure, un tiroir fait très bien l’affaire.

  • Troisième étape : on prépare ses éléments

Moi je suis allée cueillir des petites plantes, et je pense que c’est plutôt chouette de faire ça avec les enfants. En plus ça permet de bien laisser le temps au support de sécher, ce qui permettra une meilleure fixation de l’image. C’est un procédé très slow life, qui nécessite de prendre son temps. Les enfants peuvent aussi prendre leur doudou, ou des petits objets. Vous pouvez aussi donner des feuilles transparentes (pas des feuilles de calques, mais vraiment transparentes) à vos enfants qui peuvent dessiner ou décalquer des motifs avec des feutres noirs indélébiles (les posca sont top), et coller des gommettes. Il faut que les zones coloriées soient très noires. Vous pouvez aussi mettre des transparents imprimés en noir, bien contrastés et surtout en négatif, donc avec les blancs et les noirs inversés (si vous voulez que je vous explique comment le faire sur photoshop dites moi en commentaire mais sinon faites des essais en ajustant les niveaux, la luminosité et le contraste) ou simplement un négatif – c’était quand même fait pour ça à la base ! Et ça fonctionne même avec des photos ou des photocopies noir et blanc, mais ça devient beaucoup plus expérimental et je ne vous conseille pas de faire vos premiers essais avec ça, ça peut être décevant…

  • Quatrième étape : on met la composition au soleil

Après 10 ou 15 minutes, vérifiez que le papier ou le tissus est bien sec au toucher. Sortez le support, posez le sur une plaque rigide, un carton rigide fait très bien l’affaire. Mettez vos éléments sur le support le plus rapidement possible puisqu’une fois à la lumière le produit commence déjà à réagir. Posez une plaque de verre sur le tout et serrez bien, par exemple avec de grosses pinces à dessin.
Vous pouvez aussi utiliser des sous-verres avec leurs petites attaches. ça ne coûte pas cher du tout et c’est peut-être plus pratique et plus sûr, au moins la plaque est bien serrée. Bien sûr si vous essayez avec le doudou ou des petits objets, vous les posez juste sur la feuille et vous voyez ce que ça donne, on ne va pas écraser doudou !

Mettez votre composition dehors, en plein soleil et posez si possible des poids sur le bord si la plaque n’est pas assez serrée. Attention à ce qu’il n’y ait pas l’ombre du poids sur la zone peinte !!!

Maintenant regardez la magie opérer et attendez ! La zone passe du jaune à une couleur un peu marron assez rapidement. L’exposition dépend du support utilisé, de la densité des éléments utilisés (si c’est très dense ça marchera mieux et plus rapidement) et de la force de soleil. Si le soleil est très fort, 5 minutes peuvent suffire, si vous n’êtes pas sûr, attendez plus longtemps. Cet hiver un jour de beau temps ça avait pris 40 minutes et le résultat n’était pas non plus super, j’aurais dû le laisser plus. C’est très expérimental donc vous pouvez faire un premier essai à 10 minutes et ajuster pour la suite.

C’est aussi possible de le faire avec un temps nuageux, mais les résultats seront moins nets. Certains artistes le font même de nuit, à la lueur de la lune ! À tester !

  • Cinquième étape : on rince

C’est prêt ? Alors c’est le rinçage ! Prenez votre feuille ou tissus et simplement allez le mettre sous l’eau. Pas juste quelques gouttes, mais vraiment sous l’eau, il faut que tout le produit parte sinon il va continuer à réagir et vous risquez de vous retrouver avec une feuille toute bleue ! Certains recommandent un lavage pendant 10 minutes. Je n’ai pas fait autant, mais c’est peut-être mieux, à vous de tester. En séchant, votre œuvre se transforme encore et devient de plus en plus bleue.

Je n’ai jamais testé mais il est possible de colorer ensuite l’image, par exemple pour obtenir un cyanotype sepia vous faites tremper un sachet de thé dans de l’eau chaude dans un bac de la taille de la feuille. Vous ajoutez un peu de bicarbonate de soude et vous laisser tremper quelques minutes vos feuilles dedans.

Et voilà ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Ça vous donne envie de vous lancer ?